Non classé, Réflexions

Ils sont tous bêtes et je suis leur chef #2

J’ai pris le temps de mûrir un peu plus cet article, notamment parce que je vais y exposer des points de vue, ce qui n’était pas le cas dans l’article précédent. En effet, il y a quelques jours, je donnais des définitions acceptées par l’ensemble de la communauté scientifique, des faits, de simples descriptions.

Ce ne sera pas exclusivement le cas dans cet article.

La question à poser, maintenant que j’ai établi que la dominance interspécifique était une notion dépourvue de sens, c’est « qu’est-ce que je suis si je ne suis pas le dominant ? » (et son pendant « je peux un peu être le chef quand même ? »).

Alors, d’abord, il faut expliquer la chose suivante : au sein des espèces sociales, il existe des relations. Je n’ai pas, à ce stade, parlé de dominance-subordination, même si c’est la première à laquelle nous, humains, songeons (ce qui peut soulever quelques interrogations d’ailleurs…).

Une relation, au sens purement éthologique du terme, c’est une somme d’interactions positives et négatives. C’est cette somme qui fera qu’un animal apprécie ou non la présence d’un autre. Pour décrire cette relation, on distingue donc deux types d’interactions :

  • les interactions dites agonistiques, celles qui permettent d’établir la relation de dominance-subordination s’il y a lieu, mais qui peuvent aussi simplement servir à éloigner un individu (c’est le cas d’un chat qui collera une baffe à un congénère : il n’est pas son dominant, il avait simplement envie de le chasser). Ces interactions sont perçues comme négatives par les individus. Heureusement, elles ne font donc pas l’exclusivité des relations intraspécifiques.
  • les interactions affiliatives, perçues comme positives : il s’agit de l’allogrooming (toilettage mutuel), du jeu, de l’apport de nourriture pour certaines espèces.

Dans la nature, les secondes sont aussi importantes que les premières pour la structure d’un groupe social. Aucun individu issu d’une espèce sociale n’a intérêt à être exclusivement le dominant, puisque le besoin d’interactions sociales positives fait partie de ses besoins fondamentaux…

Alors POURQUOI est-ce que les dresseurs, éducateurs, débourreurs, s’évertuent à réduire la relation avec les animaux à cette foutue dominance ?? Il n’y a que ça qui compte ? Vous ne faites jamais de câlins à vos animaux, vous ne jouez jamais avec eux ?  Pourquoi être le chef compte-t-il plus que d’être leur ami, leur complice, leur partenaire de jeux, leur coussin favori ??

Dans les vidéos d’éducation qui circulent sur internet, j’entends beaucoup trop parler d’être le chef, de diriger, de dominer… Et le reste ? Le positif ? Que restera-t-il à mon chien si je ne le laisse jamais initier les interactions, si je l’oblige (par la contrainte) à rester dans son panier à longueur de temps, si je lui apprends des ordres sans chercher à lui apporter quoi que ce soit en retour ? De l’ennui, du stress, de la frustration… Et au final, vous l’aurez compris : une relation beaucoup plus négative que positive. Et si je somme du très négatif avec du très peu positif, j’ai du négatif. Et donc oui, une relation de mauvaise qualité avec mon animal.

 

Est-ce que ça veut dire qu’il ne faut être QUE positif ?

Oui et non. C’est un choix éthique, et il n’est pas toujours facile à faire, j’en conviens. Je pense notamment à l’équitation, mais aussi à la vie en communauté avec nos animaux. Mon imbécile de chat monte sur la table pendant que je mange : l’hygiène et mon souhait de tranquillité m’obligent à l’en pousser, à râler, bref, à agir de manière non positive pour qu’il descende. Est-ce grave ? Non, parce qu’à la fin de la journée, j’aurai eu dix fois plus d’interactions positives avec lui. Il n’aura pas oublié, mais le négatif aura très peu de poids face à la tonne de positif. Mais éthiquement, cela pose tout de même un problème, car j’impose un moment négatif à un animal dont j’ai l’entière responsabilité, sans qu’il soit capable de comprendre pourquoi… On peut être 100% positif, mais cela demande une finesse énorme. Personnellement, je tends donc à une relation la plus positive possible, mais ne peux affirmer que je le suis en permanence.

Il est cependant évident que je prends garde à ne jamais être très négative : pas de cris forts, pas de coups, pas de grosses frayeurs….

 

Est-ce que ça veut dire qu’il ne faut pas fixer de règles ?

Sûrement pas ! Nous imposons à nos animaux domestiques de vivre avec nous, humains. Nous les faisons entrer dans nos foyers, nous pratiquons des loisirs avec eux (agility, équitation), nous leur imposons des soins, et nous les imposons à notre entourage. Pour toutes ces raisons, il est nécessaire d’imposer un cadre, de mettre chacun en sécurité, et de faire en sorte que leur vie soit la plus facile possible dans le milieu de vie que nous leur imposons. Ainsi, il est de mon devoir d’aider mon animal à tolérer les manipulations subies chez le vétérinaire, d’apprendre la propreté à mes animaux pour le jour où ils se retrouveront chez quelqu’un d’autre, d’apprendre à mon cheval à ne pas me marcher dessus. Mais toutes ces règles peuvent être fixées de la manière la plus positive (ou la moins négative) possible, avec progressivité, douceur, et sans se prétendre à aucun moment « au-dessus ».

Et l’existence de règles ne fait pas de moi un chef !

Parce que ces règles que j’ai fixées, je les ai fixées dans la bienveillance, sans avoir l’impression d’établir un règlement. Parce que ce que j’ai mis en place, à la fin, n’est rien d’autre qu’un apprentissage associatif (l’animal produit un comportement qui a des conséquences, et il tend à le reproduire ou non selon que ces conséquences sont positives ou négatives). Il ne s’agit pas, aux yeux de l’animal, de règles que j’ai fixées, mais de comportements appris, qui ne sont pas reproduits parce que « c’est moi qui commande », mais simplement parce que leur reproduction a des conséquences.

Si cela améliore ou dégrade ma relation avec mon animal, c’est moi qui le déciderai selon la façon dont je veux lui apprendre les choses. Demandez vous pourquoi votre animal vous obéit, ce que ça lui apporte (le fait-il par crainte ? Parce que vous avez utilisé une pression que vous avez levée au moment où il a produit le bon comportement ? Parce qu’il sait qu’il va recevoir une récompense – friandise, caresse, jouet – ?). Demandez vous ce que vous voulez vraiment être : le chef tout puissant qui se fait obéir et respecter, ou l’ami bienveillant qui pose un cadre sans chercher à contraindre.

Je suis quand même le seul à fixer des règles, est-ce que je ne serais pas un peu le chef du coup ?

A mon sens, l’animal aussi fixe des règles, que nous choisissons ou non de respecter : il impose ses besoins éthologiques, la nécessité de le soigner s’il tombe malade, ses jours « sans » où il va falloir revoir le programme de sa séance, ses comportements qui ne nous arrangent pas toujours. Bien sûr nous pouvons faire le choix de fermer les yeux sur toutes ces règles, et nous ne sommes alors rien d’autre qu’un très mauvais ami.

A chacun de se placer comme bon lui semble.

Mais si un dresseur vous parle de vous placer en chef, et que cela sonne faux, vous avez le droit. Vous avez le choix.

 

 

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