Réflexions

Pour en finir avec l’hyperattachement

Ou « Au secours Docteur, mon chien m’aime trop ! »

C’est rarement le motif de consultation. En général, on a en face de soi un chien destructeur, ou malpropre, ou aboyeur. On n’a jamais en face de soi ce cheval capable de ne pas manger pendant trois jours parce que son propriétaire est parti en vacances.

Le fil de la consultation se déroule : milieu de vie, apparition du problème. Le chien qui frétille dans la salle, court d’une personne à l’autre (en général, en ignorant superbement son maître), joue, propose des millions de tours. On discute, on dialogue, et discrètement, entre les mots, il vient se glisser : l’hyperattachement. Parfois, petit air satisfait. Parfois, simple air désespéré. Souvent un peu des deux. Vous comprenez, il a peur de l’abandon, il vient de la SPA, et on est très fusionnels.

 

Une fois de plus, reprenons depuis le début : qu’est-ce que l’attachement ?

C’est un phénomène observé chez les espèces nidifuges ou mixtes nidicoles/nidifuges.

Une espèce nidifuge (« qui fuit le nid ») est une espèce dont le petit naît déjà tout formé, prêt à fuir le prédateur. Le cheval, la vache. L’attachement est donc une faculté qui va permettre audit petit de reconnaître sa mère très rapidement après la naissance, et à la mère de faire de même. C’est un lien unique, très fort, et irreproductible.

Une espèce nidicole (« qui construit un nid ») c’est l’inverse : une espèce où le petit naît complètement immature. Sans poil, incapable de réguler sa température, les yeux fermés… Et qui va profiter de quelques mois de croissance supplémentaires bien au chaud dans le nid pour devenir capable de se débrouiller. Chez ces espèces-là, l’attachement n’existe simplement pas. C’est pour ça qu’on peut facilement faire adopter un chaton ou un chiot à une mère qui n’est pas la sienne, alors que l’adoption d’un poulain ou d’un veau est beaucoup plus difficile.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : au sens populaire du terme, évidemment que nos animaux s’attachent. Ils créent des relations avec nous,  qui comme expliqué dans un article précédent sont des sommes d’interactions positives et négatives. Bien évidemment que nos animaux domestiques nous reconnaissent et sont capables de nous apprécier.

De même, il est évident que le chiot ou le chaton reconnaît et apprécie sa mère, et que la mère reconnaît et protège son petit. Ce n’est simplement pas le même lien au sens éthologique du terme.

 

Parler d’attachement chez le chien n’a donc simplement… Pas de sens ! Et une fois de plus, il serait bon de se pencher sur les besoins éthologiques du chien concerné et de tester leur adéquation avec le milieu proposé : ce chien se promène-t-il, mange-t-il à sa faim, a-t-il des contacts sociaux suffisants ? Il peut être bon aussi de regarder les apprentissages : a-t-il appris à être propre, à rester seul ? Comme évoqué plus haut, la plupart des chiens qualifiés d' »hyperattachés » se fichent de leur maître une fois placés dans des conditions favorables. Et vous le savez bien : si vous laissez votre chien avec un humain qu’il apprécie, il se fichera de votre absence. Ou alors, c’est qu’il ne trouve pas l’autre humain suffisamment intéressant et sécurisant.

Quant au cheval, il faudrait l’avoir biberonné dès sa première heure de vie pour pouvoir parler d’attachement, et ce n’est généralement pas le cas. Là encore, il serait donc intéressant d’analyser les conditions de vie de l’animal : vit-il avec des congénères, s’entend-il avec eux, travaille-t-il dans le bon sens et sans brusquerie, est-il en bonne santé ? De même, il suffit de placer un autre humain dans la relation et de lui proposer beaucoup de positif pour constater que la relation se crée de la même façon.

Les animaux, même domestiques, n’ont pas besoin de leur maître pour vivre. Ils ont besoin de sécurité, de confort, et que l’on se penche sur leurs besoins éthologiques. Arrêtez de vous flatter que votre animal vous aime soit-disant trop, et commencez à vous demander sérieusement s’il a tout ce dont il a besoin pour vivre en bons termes avec vous (oui, parce que parfois, ravager l’appartement du propriétaire est très satisfaisant sur le plan éthologique mais risque de ne pas convenir à l’humain… 😉 ).

Vous êtes remplaçable aux yeux de votre animal. Vous le serez toujours. Peu importe qu’il soit en détresse si vous disparaissez ou qu’il se souvienne de vous après dix ans sans vous avoir vu pour la dernière fois, ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas trouver son compte ailleurs. Ce qui est irremplaçable, ce sont ses besoins en tant qu’individu, et c’est votre responsabilité de les satisfaire.

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