Réflexions

Pour en finir avec l’hyperattachement

Ou « Au secours Docteur, mon chien m’aime trop ! »

C’est rarement le motif de consultation. En général, on a en face de soi un chien destructeur, ou malpropre, ou aboyeur. On n’a jamais en face de soi ce cheval capable de ne pas manger pendant trois jours parce que son propriétaire est parti en vacances.

Le fil de la consultation se déroule : milieu de vie, apparition du problème. Le chien qui frétille dans la salle, court d’une personne à l’autre (en général, en ignorant superbement son maître), joue, propose des millions de tours. On discute, on dialogue, et discrètement, entre les mots, il vient se glisser : l’hyperattachement. Parfois, petit air satisfait. Parfois, simple air désespéré. Souvent un peu des deux. Vous comprenez, il a peur de l’abandon, il vient de la SPA, et on est très fusionnels.

 

Une fois de plus, reprenons depuis le début : qu’est-ce que l’attachement ?

C’est un phénomène observé chez les espèces nidifuges ou mixtes nidicoles/nidifuges.

Une espèce nidifuge (« qui fuit le nid ») est une espèce dont le petit naît déjà tout formé, prêt à fuir le prédateur. Le cheval, la vache. L’attachement est donc une faculté qui va permettre audit petit de reconnaître sa mère très rapidement après la naissance, et à la mère de faire de même. C’est un lien unique, très fort, et irreproductible.

Une espèce nidicole (« qui construit un nid ») c’est l’inverse : une espèce où le petit naît complètement immature. Sans poil, incapable de réguler sa température, les yeux fermés… Et qui va profiter de quelques mois de croissance supplémentaires bien au chaud dans le nid pour devenir capable de se débrouiller. Chez ces espèces-là, l’attachement n’existe simplement pas. C’est pour ça qu’on peut facilement faire adopter un chaton ou un chiot à une mère qui n’est pas la sienne, alors que l’adoption d’un poulain ou d’un veau est beaucoup plus difficile.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : au sens populaire du terme, évidemment que nos animaux s’attachent. Ils créent des relations avec nous,  qui comme expliqué dans un article précédent sont des sommes d’interactions positives et négatives. Bien évidemment que nos animaux domestiques nous reconnaissent et sont capables de nous apprécier.

De même, il est évident que le chiot ou le chaton reconnaît et apprécie sa mère, et que la mère reconnaît et protège son petit. Ce n’est simplement pas le même lien au sens éthologique du terme.

 

Parler d’attachement chez le chien n’a donc simplement… Pas de sens ! Et une fois de plus, il serait bon de se pencher sur les besoins éthologiques du chien concerné et de tester leur adéquation avec le milieu proposé : ce chien se promène-t-il, mange-t-il à sa faim, a-t-il des contacts sociaux suffisants ? Il peut être bon aussi de regarder les apprentissages : a-t-il appris à être propre, à rester seul ? Comme évoqué plus haut, la plupart des chiens qualifiés d' »hyperattachés » se fichent de leur maître une fois placés dans des conditions favorables. Et vous le savez bien : si vous laissez votre chien avec un humain qu’il apprécie, il se fichera de votre absence. Ou alors, c’est qu’il ne trouve pas l’autre humain suffisamment intéressant et sécurisant.

Quant au cheval, il faudrait l’avoir biberonné dès sa première heure de vie pour pouvoir parler d’attachement, et ce n’est généralement pas le cas. Là encore, il serait donc intéressant d’analyser les conditions de vie de l’animal : vit-il avec des congénères, s’entend-il avec eux, travaille-t-il dans le bon sens et sans brusquerie, est-il en bonne santé ? De même, il suffit de placer un autre humain dans la relation et de lui proposer beaucoup de positif pour constater que la relation se crée de la même façon.

Les animaux, même domestiques, n’ont pas besoin de leur maître pour vivre. Ils ont besoin de sécurité, de confort, et que l’on se penche sur leurs besoins éthologiques. Arrêtez de vous flatter que votre animal vous aime soit-disant trop, et commencez à vous demander sérieusement s’il a tout ce dont il a besoin pour vivre en bons termes avec vous (oui, parce que parfois, ravager l’appartement du propriétaire est très satisfaisant sur le plan éthologique mais risque de ne pas convenir à l’humain… 😉 ).

Vous êtes remplaçable aux yeux de votre animal. Vous le serez toujours. Peu importe qu’il soit en détresse si vous disparaissez ou qu’il se souvienne de vous après dix ans sans vous avoir vu pour la dernière fois, ça ne veut pas dire qu’il ne peut pas trouver son compte ailleurs. Ce qui est irremplaçable, ce sont ses besoins en tant qu’individu, et c’est votre responsabilité de les satisfaire.

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Ils sont tous bêtes et je suis leur chef #2

J’ai pris le temps de mûrir un peu plus cet article, notamment parce que je vais y exposer des points de vue, ce qui n’était pas le cas dans l’article précédent. En effet, il y a quelques jours, je donnais des définitions acceptées par l’ensemble de la communauté scientifique, des faits, de simples descriptions.

Ce ne sera pas exclusivement le cas dans cet article.

La question à poser, maintenant que j’ai établi que la dominance interspécifique était une notion dépourvue de sens, c’est « qu’est-ce que je suis si je ne suis pas le dominant ? » (et son pendant « je peux un peu être le chef quand même ? »).

Alors, d’abord, il faut expliquer la chose suivante : au sein des espèces sociales, il existe des relations. Je n’ai pas, à ce stade, parlé de dominance-subordination, même si c’est la première à laquelle nous, humains, songeons (ce qui peut soulever quelques interrogations d’ailleurs…).

Une relation, au sens purement éthologique du terme, c’est une somme d’interactions positives et négatives. C’est cette somme qui fera qu’un animal apprécie ou non la présence d’un autre. Pour décrire cette relation, on distingue donc deux types d’interactions :

  • les interactions dites agonistiques, celles qui permettent d’établir la relation de dominance-subordination s’il y a lieu, mais qui peuvent aussi simplement servir à éloigner un individu (c’est le cas d’un chat qui collera une baffe à un congénère : il n’est pas son dominant, il avait simplement envie de le chasser). Ces interactions sont perçues comme négatives par les individus. Heureusement, elles ne font donc pas l’exclusivité des relations intraspécifiques.
  • les interactions affiliatives, perçues comme positives : il s’agit de l’allogrooming (toilettage mutuel), du jeu, de l’apport de nourriture pour certaines espèces.

Dans la nature, les secondes sont aussi importantes que les premières pour la structure d’un groupe social. Aucun individu issu d’une espèce sociale n’a intérêt à être exclusivement le dominant, puisque le besoin d’interactions sociales positives fait partie de ses besoins fondamentaux…

Alors POURQUOI est-ce que les dresseurs, éducateurs, débourreurs, s’évertuent à réduire la relation avec les animaux à cette foutue dominance ?? Il n’y a que ça qui compte ? Vous ne faites jamais de câlins à vos animaux, vous ne jouez jamais avec eux ?  Pourquoi être le chef compte-t-il plus que d’être leur ami, leur complice, leur partenaire de jeux, leur coussin favori ??

Dans les vidéos d’éducation qui circulent sur internet, j’entends beaucoup trop parler d’être le chef, de diriger, de dominer… Et le reste ? Le positif ? Que restera-t-il à mon chien si je ne le laisse jamais initier les interactions, si je l’oblige (par la contrainte) à rester dans son panier à longueur de temps, si je lui apprends des ordres sans chercher à lui apporter quoi que ce soit en retour ? De l’ennui, du stress, de la frustration… Et au final, vous l’aurez compris : une relation beaucoup plus négative que positive. Et si je somme du très négatif avec du très peu positif, j’ai du négatif. Et donc oui, une relation de mauvaise qualité avec mon animal.

 

Est-ce que ça veut dire qu’il ne faut être QUE positif ?

Oui et non. C’est un choix éthique, et il n’est pas toujours facile à faire, j’en conviens. Je pense notamment à l’équitation, mais aussi à la vie en communauté avec nos animaux. Mon imbécile de chat monte sur la table pendant que je mange : l’hygiène et mon souhait de tranquillité m’obligent à l’en pousser, à râler, bref, à agir de manière non positive pour qu’il descende. Est-ce grave ? Non, parce qu’à la fin de la journée, j’aurai eu dix fois plus d’interactions positives avec lui. Il n’aura pas oublié, mais le négatif aura très peu de poids face à la tonne de positif. Mais éthiquement, cela pose tout de même un problème, car j’impose un moment négatif à un animal dont j’ai l’entière responsabilité, sans qu’il soit capable de comprendre pourquoi… On peut être 100% positif, mais cela demande une finesse énorme. Personnellement, je tends donc à une relation la plus positive possible, mais ne peux affirmer que je le suis en permanence.

Il est cependant évident que je prends garde à ne jamais être très négative : pas de cris forts, pas de coups, pas de grosses frayeurs….

 

Est-ce que ça veut dire qu’il ne faut pas fixer de règles ?

Sûrement pas ! Nous imposons à nos animaux domestiques de vivre avec nous, humains. Nous les faisons entrer dans nos foyers, nous pratiquons des loisirs avec eux (agility, équitation), nous leur imposons des soins, et nous les imposons à notre entourage. Pour toutes ces raisons, il est nécessaire d’imposer un cadre, de mettre chacun en sécurité, et de faire en sorte que leur vie soit la plus facile possible dans le milieu de vie que nous leur imposons. Ainsi, il est de mon devoir d’aider mon animal à tolérer les manipulations subies chez le vétérinaire, d’apprendre la propreté à mes animaux pour le jour où ils se retrouveront chez quelqu’un d’autre, d’apprendre à mon cheval à ne pas me marcher dessus. Mais toutes ces règles peuvent être fixées de la manière la plus positive (ou la moins négative) possible, avec progressivité, douceur, et sans se prétendre à aucun moment « au-dessus ».

Et l’existence de règles ne fait pas de moi un chef !

Parce que ces règles que j’ai fixées, je les ai fixées dans la bienveillance, sans avoir l’impression d’établir un règlement. Parce que ce que j’ai mis en place, à la fin, n’est rien d’autre qu’un apprentissage associatif (l’animal produit un comportement qui a des conséquences, et il tend à le reproduire ou non selon que ces conséquences sont positives ou négatives). Il ne s’agit pas, aux yeux de l’animal, de règles que j’ai fixées, mais de comportements appris, qui ne sont pas reproduits parce que « c’est moi qui commande », mais simplement parce que leur reproduction a des conséquences.

Si cela améliore ou dégrade ma relation avec mon animal, c’est moi qui le déciderai selon la façon dont je veux lui apprendre les choses. Demandez vous pourquoi votre animal vous obéit, ce que ça lui apporte (le fait-il par crainte ? Parce que vous avez utilisé une pression que vous avez levée au moment où il a produit le bon comportement ? Parce qu’il sait qu’il va recevoir une récompense – friandise, caresse, jouet – ?). Demandez vous ce que vous voulez vraiment être : le chef tout puissant qui se fait obéir et respecter, ou l’ami bienveillant qui pose un cadre sans chercher à contraindre.

Je suis quand même le seul à fixer des règles, est-ce que je ne serais pas un peu le chef du coup ?

A mon sens, l’animal aussi fixe des règles, que nous choisissons ou non de respecter : il impose ses besoins éthologiques, la nécessité de le soigner s’il tombe malade, ses jours « sans » où il va falloir revoir le programme de sa séance, ses comportements qui ne nous arrangent pas toujours. Bien sûr nous pouvons faire le choix de fermer les yeux sur toutes ces règles, et nous ne sommes alors rien d’autre qu’un très mauvais ami.

A chacun de se placer comme bon lui semble.

Mais si un dresseur vous parle de vous placer en chef, et que cela sonne faux, vous avez le droit. Vous avez le choix.

 

 

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Ils sont tous bêtes et je suis leur chef

Depuis quelques temps, j’ai repris la (mauvaise) habitude de répondre aux discussions sur l’éducation, sur les groupes Facebook et autres forums. Je dis « mauvaise » parce que je m’y fais plus de mal que je ne fais de bien. J’en ai quand même tiré l’envie de faire quelques articles sur les clichés les plus répandus en éducation, en reprenant un peu les bases scientifiques associées. Parce que, n’en déplaise aux gens persuadés que la science se trompe, de nombreux chercheurs travaillent sur l’éthologie depuis des dizaines d’années, et sont à peu près d’accord sur un certain nombre de points.

 

Donc aujourd’hui, on va parler « dominance ». Oui je sais, j’en parle beaucoup. C’est pas que ce soit un sujet qui me tienne à coeur, mais il s’agit de l’excuse n°1 à la maltraitance et à la mauvaise foi. Mon animal est malpropre ? Hop, dominance. Mon animal est agressif ? Hop, dominance. Mon animal ne m’écoute pas quand je lui donne des ordres ? Dominance suprême. Et je ne vais certainement pas faire d’efforts alors que c’est lui qui n’y met pas du sien !

Mais alors, déjà, la dominance, c’est quoi ?

J’en profite juste pour souligner qu’on parle bien de dominance, un animal est dominant, pas dominateur… On rentrerait dans un tout autre registre !

La dominance donc, est un terme utilisé en éthologie pour désigner une relation entre deux individus. On parle de relation de dominance-subordination. Il s’agit du résultat d’une somme de conflits pour l’accès aux ressources. En gros, combien de fois l’individu A a viré l’individu B de la gamelle de nourriture ou du tas de foin, combien de fois B l’a fait, comment le conflit s’est soldé à chaque fois. Partant de cette idée, on peut déjà oublier les « mon chien est très dominant »… Ca n’a simplement aucun sens. On est dominant par rapport à quelqu’un.

L’idée, si on veut être un peu finaliste, c’est de supprimer les conflits au sein d’un groupe social ! Au bout d’un nombre suffisant de conflits, les individus se comprendront, la relation sera établie, et il n’y aura plus besoin de se battre. A pourra accéder à la nourriture à la place de B sans que celui-ci ne se rebiffe plus. Est-ce que ça veut dire que B doit souffrir de cette relation ? Non. Est-ce que ça veut dire que B n’aura plus à manger ? Non. Est-ce que ça veut dire que A aura un accès prioritaire systématique à la nourriture ? Certainement pas. Ca veut simplement dire que si A veut aller manger, il peut y aller. Mais s’il n’a pas faim, s’il a trouvé mieux à manger, alors B aura accès aux ressources, que A y ait déjà eu accès ou non. Vous commencez à les voir venir, ces gens qui mangent systématiquement avant leur chien ?

Mais alors, comment ça se passe chez nos animaux de compagnie ?

-Le plus simple, le chat. De nos jours, on ne qualifie pas le chat d’espèce sociale, dans le sens où dans la nature, les chats ne forment pas de groupe. Il peut y avoir des relations qui se tissent entre certains individus, mais ce n’est pas systématique et il n’y a pas de hiérarchie. Vouloir dominer son chat est donc le non-sens le plus total…

-Le cheval, ensuite. Aaah le cheval, cette espèce que l’on s’évertue à vouloir dominer pour lui faire réaliser des exercices qui n’ont aucun sens pour lui – mais quand même, il pourrait respecter mon autorité, un peu ! -. Le cheval est une espèce sociale (n’en déplaise aux gens qui font vivre leurs chevaux sans congénère…) chez qui il existe des relations de dominance-subordination et une hiérarchie au sein du groupe. Mais attention ! Hiérarchie ne veut pas dire A > B > C > D… Il peut y avoir des subtilités, du style A > B, B > C mais A < C… En fait, il n’y a presque jamais de chef-étalon contrairement à ce que la légende urbaine voudrait.

-Le chien, pour finir. Le chien est une espèce sociale, qui forme naturellement des groupes, même à l’état « sauvage » (on parle de chiens féraux, retournés à la vie sauvage au bout de plusieurs générations). Mais au sein de ces groupes, on n’est pas encore convaincu de l’existence de relations de dominance-subordination. On a plutôt l’impression qu’il s’agit d’une question de motivation pour la ressource concernée. En gros, si A a très envie de cette cuisse de poulet, il va aller la réclamer à B à chaque fois qu’il en trouvera une. Par contre, si B a un fort penchant pour les poubelles, c’est lui qui aura l’ascendant à chaque fois.

Appliquons maintenant ça à la relation homme-animal…

Du coup, si je récapitule :

-la relation de dominance-subordination est le résultat d’une somme de conflits pour l’accès aux ressources

-elle existe à coup sûr chez assez peu d’espèces domestiques

Le deuxième point devrait déjà permettre d’éliminer toute discussion en ce qui concerne le chien et le chat.

Mais admettons qu’on veuille quand même être le dominant.

Vous faites vos besoins dans une litière ? Vous mangez des croquettes (ou un plat cuisiné, mais par terre, dans une gamelle) ? Du foin ? Vous jouez à la balle ? Vous dormez dans un panier ?

Si la réponse à toutes ces questions est « non » alors ça n’a aucun sens de parler de dominance avec vos animaux, parce que vous ne partagez pas les mêmes ressources qu’eux. Il n’y a donc pas de compétition possible.

Si votre chien ou votre cheval vous agresse quand vous touchez à sa nourriture ou ses jouets, c’est qu’il y a un problème d’insécurité dans votre relation, pas qu’il essaye de prendre l’ascendant sur vous. Questionnez vous sur son confort de vie, demandez vous si ses besoins éthologiques sont satisfaits, interrogez vous sur ce que vous lui apportez au quotidien et s’il a des raisons de mal se sentir en votre présence… Ne vous demandez pas s’il veut être le chef, il s’en fout complètement ! 

 

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L’instinct du propriétaire

Y a un truc que j’ai remarqué, essentiellement chez mes amies vétos-propriétaires-gagas mais pas que. La partie de moi qui regarde trop de séries américaines et qui parle anglais appelle ça leur gut feeling. C’est un peu comme l’arme bidale de Jaddo. Mais chez le propriétaire.

C’est un truc qui fait que parfois (souvent ?), les propriétaires savent avant nous. Avant notre examen clinique. Avant même nos analyses. Avant même l’animal (ah non peut-être pas). Parfois il y a un tout petit truc qui fait qu’une part de nous se dit « ça va pas ». Et on est même incapable de le verbaliser. Ca donne des trucs du genre « oh je vais prendre rendez-vous pour un bilan de santé, juste pour vérifier que tout va bien héhéhé », derrière lesquels se cache un « je crois que ça va pas mais je sais pas pourquoi ».

J’ai vu, de mon peu d’expérience, des gens amener des animaux en consultation pour trois fois rien. Il mange moins. Il n’aime plus le poulet. Il trie ses croquettes. Et des vétérinaires leur rire au nez parce que, mais voyons ma bonne dame, vous êtes d’une nature anxieuse, ‘faut pas vous inquiéter comme ça.

Et en fait c’était un lymphome. Ou une gingivite carabinée. Ou, ou, ou…

Du coup pour continuer à citer Jaddo, j’ai rangé ça dans les « n’oublie pas ». Juste parce que parfois, il faut arrêter de se dire « y a pas « ne mange plus de poulet » dans l’Ettinger » et accepter que parfois, le propriétaire sache. Mieux que nous, et ouais.

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Les chiens s’adaptent bien (et parfois, c’est dramatique)

Vous les connaissez, ces chiens qui vivent pendant des années une vie qui ne correspond pas à leurs besoins ? Pas assez de sorties ou jamais en liberté, pas de contacts sociaux (ou trop peu), pas de quoi s’occuper en intérieur, des humains qui ne lisent pas leurs angoisses et se montrent coercitifs parfois sans même le vouloir, un vétérinaire qu’ils détestent parce qu’il les contraint en permanence ?

Je suis certaine que vous avez tous au moins un exemple en tête.

Et dans ceux-là, combien ont mordu ? Combien ont développé un TOC ? Combien détruisent ?

Le fait est que nombre de ces chiens n’exprimeront jamais leur mal-être de manière « compréhensible » pour leur humain. La plupart leur resteront d’ailleurs fidèles et continueront à les voir comme le centre de leur univers.

C’est comme ça qu’on se montre maltraitant en toute impunité, souvent sans même le savoir.
Et c’est dramatique.

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Premiers de la classe

Je suis toujours sciée de l’influence des professionnels sur les propriétaires d’animaux.

Je m’explique : beaucoup de gens se heurtent à des problèmes de comportement avec leurs chiens (et parfois avec leurs chats). Agressivité, malpropreté, destructions, aboiements… Les motifs ne manquent pas pour consulter un éducateur. Un « dresseur » comme ils se font souvent appeler, ou comme les gens les appellent spontanément. Ou pour poser des questions à un vétérinaire non-expérimenté (et qui a tout à fait le droit de l’être : le comportement, au même titre que d’autres médecines, ce n’est pas inné !).

Il en résulte des conseils plus ou moins bons, plus ou moins justifiés scientifiquement, plus ou moins … Violents. Vous avez dit violent ? Mais je ne tape pas mon chien enfin ! Et puis il n’est pas malheureux…

Et ils sont là à expliquer tout ce qu’ils font pour le chien, et comment ledit chien fait tout pour les emmerder.

Et allez leur expliquer, ensuite, que c’est plutôt eux qui font tout pour emmerder le chien. Que leur vétérinaire, leur éducateur, parce qu’il ne savait pas, parce qu’il se base sur des croyances anciennes qui avaient cours il y a encore une dizaine d’années, leur a appris à maltraiter leur chien, ou tout au plus leur a donné des conseils totalement inutiles. Ils vous précisent très fiers d’eux et persuadés d’avoir la bonne réponse, que le chien mange après eux, qu’il ne monte pas sur le canapé (ou ils vous avouent à demi-mot que oui, parfois, mais je sais, c’est pas bien), que quand il grogne, ah mais je ne le laisse pas faire docteur, je le mets dans son panier et il n’en sort pas tant que je ne lui ai pas dit…

STOP ! On reprend tout depuis le début.

Non, vous ne devez pas dominer votre chien. Non ça n’a pas de sens Monsieur, Madame. Non le lit, le canapé, ne sont pas des interdits absolus. Et non quand il grogne ça ne sert à rien de monter dans une escalade de violence. Avoir le dernier mot, ce n’est pas une nécessité. Ça peut même être dangereux.

Non, dire non, secouer par la peau du cou, mettre sur le dos, lui apprendre assis-pas-bouger-au-panier, ce ne sont pas des nécessités et ça ne fera pas de vous un bon maître.

Mais bon sang, si vous saviez comme c’est dur d’imaginer ce chien se faire engueulersecouermaltraiter, parce que vous l’aimez, c’est flagrant, mais vous avez tout mal fait. Et votre visage se décompose quand on vous explique posément que ça ne sert à rien, que vous vous plantez, et que sans le vouloir, vous faites beaucoup de mal à votre toutou.

Et ce n’est pas de votre faute. Ce n’est même pas la faute des professionnels qui ne savent pas. C’est la faute au savoir qui ne diffuse pas assez vite. La faute à ces gens qui ignorent ce qu’ils ignorent.
Et vous culpabilisez comme des fous parce que c’est terrible à entendre pour vous, bien sûr. Mais ce n’est pas grave, Monsieur, Madame, on va tout recommencer, et votre chien va enfin se sentir bien dans ses pattes. Et vous vous sentirez bien mieux. Mais le poids de vos erreurs passées sera toujours là.

À tous les chiens que j’ai voulu « dominer », à tous les gens à qui j’ai appris ces choses fausses, à tous les canapés interdits les chiens mis sur le dos les colliers étrangleurs électriques à pointes du monde. Pardon.

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Plus difficile que médecin ?

Allez, on va démarrer fort.

Vous l’avez forcément déjà dit ou entendu dire. « Vétérinaire, c’est plus difficile que médecin, ça ! Parce que les animaux, ils ne parlent pas, ils ne peuvent pas dire où ils ont mal ! »

Ils ne parlent pas, c’est un fait. Ils ne peuvent pas dire où ils ont mal… Moins sûr. Quant à dire que c’est plus difficile que médecin, je ne pense pas.

Déjà, si j’ai survécu – péniblement – à ma prépa BCPST, je pense que je n’aurais pas pu faire médecine. En BCPST, j’ai été portée par l’ambiance, la sympathie de mes profs, l’encadrement relativement strict. Ça n’aurait pas été le cas en médecine.

Ensuite, les intermédiaires. Combien d’intermédiaire pour un examen médical humain poussé ? Laboratoire d’analyses, imagerie, spécialistes éventuels… On en arrive vite à promener son patient de soignant en soignant, avant même de pouvoir poser un diagnostic. À l’inverse, sauf examens très particuliers, le vétérinaire possède souvent son propre laboratoire d’analyses et son matériel d’imagerie. S’il est besoin de référer chez un spécialiste, il est souvent plus facile d’obtenir un rendez-vous rapidement. Parfois, le spécialiste travaille dans la même clinique que le vétérinaire référent. Ça va plus vite. Ne parlons pas du passage obligatoire par le pharmacien en médecine humaine. Non, n’en parlons pas ; le sujet est un peu houleux en ce moment et je ne sais pas à quel avenir nous sommes promis, nous vétérinaires.

Continuons : les patients. Voyez-vous sincèrement la différence entre un humain qui vous dit « j’ai mal au ventre » et un chien qui reste prostré et arrête de manger ? Je ne la vois pas. L’humain est bien souvent incapable – moi la première – de dire précisément où il a mal, ce qu’il ressent, à quel moment, dans quelles circonstances. Concrètement, qu’il parle ou pas, qu’est-ce que ça change ? Pour les commémoratifs, il y a le propriétaire, plus ou moins capable de décrire ce qu’il a observé. Ni plus, ni moins qu’en humaine à mon sens. Pour la douleur en elle-même… Elle n’est pas difficile à rechercher. Il faut savoir comprendre et interpréter, en s’adaptant au degré de sensibilité et de réactivité de chaque animal. Comprendre qu’un chien qui avale sa salive pile quand j’appuie entre T13 et L1 a mal là, et pas ailleurs. Comprendre qu’il ne fait pas que s’étirer ou se mordre la queue : c’est un symptôme. Mais ça s’apprend, pas vrai ? Tout comme on apprend à lire entre les mots énoncés par un humain. Un patient ne vous dit jamais tout. Parce qu’il ne le peut pas. Et parce qu’il y a toujours une part d’interprétation : celle du patient, celle du soignant.

Le médecin doit bien souvent pousser loin ses examens. Il peut difficilement choisir de s’arrêter. Le vétérinaire peut, avec l’aide de son client, prendre la décision de ne pas pousser les soins plus loin quand il juge que l’animal est à bout – mais l’euthanasie est une question si délicate que je lui consacrerai un article plus tard -. Le médecin doit trouver. Le vétérinaire peut se permettre un tout petit peu plus d’inexactitude.

Ni l’un, ni l’autre, n’a droit à l’erreur.

Je ne cherche à dénigrer aucune des deux médecines, mais je pense qu’elles ne sont pas comparables. Elles comportent chacune leurs difficultés, leurs finesses, leurs originalités, leurs questionnements. Je dois avouer que mon coeur balance souvent entre les deux. J’ai déjà songé à bifurquer vers la fac de médecine à la fin de mon école, et je sais que je ne le ferai pas essentiellement pour des questions de longueurs d’études. Mais je ne pense pas que l’on puisse hiérarchiser, en qualifier une de plus difficile que l’autre.

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