Un peu de moi

On m’avait pas dit

On m’avait dit les années de prépa, on m’avait dit le concours. On m’avait dit le taux de réussite ridicule. On m’avait dit l’échec. On m’avait dit les doutes et les regrets.

On m’avait pas dit les cours magistraux qui s’éternisent, le besoin que ça se termine.

On m’avait dit les gardes, les gens difficiles à gérer. On m’avait pas dit la nécessité d’être physiquement et moralement disponible, tout le temps, quoi qu’il arrive, quelle que soit l’attitude de la personne en face, quel que soit le motif de consultation (ça va pas trop depuis une semaine mais bon, là, il est 2h du matin alors j’ai décidé de vous l’amener parce que ça va plus du tout). On m’avait pas dit que parfois, c’était un peu dur de ne pas garder son jugement pour soi (je pensais pas moi, qu’un chat pouvait tomber du 8ème étage !).

On m’avait dit la masse de connaissances à acquérir. On m’avait pas dit le peu de temps pour les mettre en application, à l’épreuve. On m’avait pas dit comme tout vole en éclat face à la réalité. On m’avait pas dit comme on a le sentiment d’avoir des montagnes à gravir pour devenir, peut-être pas bon, mais moins médiocre. On m’avait pas dit les soirées entières à ruminer – est-ce que j’ai fait ce qu’il fallait ?-, la peur de prendre des nouvelles – tout va bien, ouf, mais qu’est-ce que j’ai vraiment fait pour ?. Les doutes qui vous sautent à la gorge dès la porte du cabinet refermé. T’es sûre ? Tu crois pas que c’était ça plutôt que ci ? Tu crois que ton traitement est bon ? On m’avait pas dit les insomnies  passées à redérouler le fil de la consultation – et merde j’ai raté ça, est-ce que c’est grave  ou pas ? La solitude, la peur, un jour, d’oublier un truc vraiment important.

On m’avait dit les euthanasies. On m’avait pas dit les doutes, encore, qui viennent vous broyer le ventre une fois la porte du congélateur refermée- est-ce qu’il n’y avait vraiment rien d’autre à faire ?. On m’avait pas dit les interrogations des gens auxquelles on n’a jamais vraiment de réponse – est-ce qu’il souffre, est-ce qu’il y a encore quelque chose à faire ?. On m’avait pas dit la détresse, la vraie, celle qui les accompagne sur le chemin du retour vers une maison vide et dépouillée à jamais.

 

Mais on m’avait pas non plus dit les sourires, la chaleur humaine, les animaux sympas, les chiots, les chatons, les trucs pas graves, les trucs plus graves mais qu’on soigne, les vaccins – les vrais, ceux qui ne cachent pas un problème-qu’on-en-parlera-au-vaccin-, les mercis, les ça va mieux, les poignées de main, les léchouilles, les sorties d’hospitalisation.

On m’avait pas dit, mais je le savais, que je m’étais embarquée dans un ascenseur émotionnel et dans une sacrée galère. On m’a pas non plus dit que je regretterai pas. On verra. Pour l’instant, je re-signe tous les jours si vous me le demandez.

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Ma rencontre avec Winckler…

…Et comment elle a tout chamboulé.

Quand je suis entrée en école vétérinaire, et même en prépa, je voyais déjà les dissections d’un mauvais oeil… Mais je m’y collais sans trop râler. Je trouvais désagréable l’idée qu’on ait tué un animal pour mes petites mains comme c’était parfois le cas, mais c’était comme ça. Et surtout, il ne fallait rien dire, sous peine de passer pour une petite nature, alors même que le sang et les viscères ne m’avaient jamais dérangée.

Et puis j’ai lu La maladie de Sachs. Je suis aussitôt tombée amoureuse de la façon d’écrire de Martin Winckler, et j’ai commencé à traîner sur son site. J’y lisais avec passion ce qu’il disait sur les médecins maltraitants. Sur les patients qui ne demandent pas grand chose de plus que d’être écoutés. Et surtout, surtout, sur la formation des médecins.

Tout a résonné très fort en moi. J’en ai tiré ce que je pouvais, et j’ai appliqué ce nouveau modèle sur mes expériences en tant que patiente, bien sûr, mais aussi en tant que future soignante. Je me suis dit que je tenais un truc, un tout petit début de réflexion, une toute petite idée de ce que je voulais faire plus tard.

Après, j’ai lu Les trois médecins et Bruno Sachs est encore plus devenu mon héros. Et j’ai surtout pris beaucoup de recul sur ma formation et sur le traitement des patients.

Parallèlement je commençais à me pencher sur la médecine du comportement, à laquelle je m’étais toujours un peu intéressée de loin. On m’a parlé medical training, respect de l’animal, limitation des contraintes… Et ne pas se mettre en danger bêtement en entrant dans un rapport de force avec l’animal.

Bon sang, mais c’était bien sûr, voilà ce que je voulais faire.

À partir de là, et tout en continuant à dévorer les autres romans du même auteur (surtout Le choeur des femmes), j’ai appris à dire non quand on me proposait une manipulation que je trouvais abusive ou dangereuse. J’ai appris à l’ouvrir, quitte à me heurter à des « il faut bien apprendre ». J’ai appris qu’en fait, il ne fallait pas apprendre. Pas tout. Et pas n’importe comment. J’ai appris à être la moins maltraitante possible et quand je le suis, à tout faire pour soulager, aller vite, limiter la souffrance.

J’ai aussi appris que les humains qui viennent voir un vétérinaire, comme ceux qui viennent voir un médecin, le font parfois beaucoup par besoin de parler, de se rassurer, d’échanger. J’ai appris à ne pas mépriser. À ne pas détester, même quand les gens viennent avec un animal subclaquant depuis trois jours. J’ai appris qu’on ne sait pas, parfois, et qu’on a le droit de ne pas savoir. J’ai réalisé à quel point il était difficile d’objectiver la souffrance d’un animal pour nous, alors pour un propriétaire, je n’imagine même pas. J’échange, je dialogue, je propose. J’espère que jamais je n’imposerai.

Ça ne marche pas toujours, je ne prétends pas faire mieux que tout le monde. En fait, je me plante sûrement très souvent. Mais je suis capable de me dire a posteriori que non, là, c’est allé trop loin, j’aurais dû faire autrement, j’ai été maltraitante pour l’humain et/ou pour l’animal.

La lecture du Choeur des femmes m’a aussi appris que soigner, ce n’était ni simple, ni agréable, ni gratifiant. Enfin, parfois ça l’est. Mais souvent non. Et j’ai appris qu’on soignait pour soulager, même les jours où ce n’est pas simple, ni agréable, ni gratifiant.

Pour tout ça, je vous remercie du fond du coeur Monsieur Winckler.

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On commence ?

Je ne sais pas bien par où commencer.

Qui suis-je ? Une jeune étudiante vétérinaire, passionnée par son métier, par les animaux en général et les réflexions qu’ils amènent. Passionnée aussi de médecine, en particulier de médecine du comportement. Je m’oriente principalement vers la médecine canine, parce que oui, j’adore soigner le chat de Mme Michu et j’adore les caniches-à-mémère. Et de manière générale, j’apprécie le contact du vétérinaire canin avec sa clientèle, beaucoup plus que celui du vétérinaire rural. Mais j’y reviendrai.

D’où vient ce blog ? D’une envie de poser sur le papier des choses que je vis, que je vois, qui me marquent et me restent en tête un moment. De mon envie de les partager, de ne pas rester seule avec. Ou peut-être, de manière plus pragmatique, du manque de fiabilité de mon seul disque dur, et de mon incapacité à retrouver une feuille de papier trois heures après avoir écrit dessus.

De quoi on va parler ici ? D’anecdotes vécues en stage essentiellement, mais aussi de coups de coeur divers et variés, de réflexions, de photo, de lecture.

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